21 avril 2011

Qu'est-ce qu'il ne faut pas inventer...

En visitant une bibliothèque de quartier de l'arrondissement de Berlin Steglitz-Zehlendorf, la Ingeborg-Drewitz-Bibliothek, j'ai pu découvrir quelques inventions des bibliothécaires:

@ Photo: Cécile Poirot

Non, non, ce n'est pas un distributeur de chewing-gums: c'est un distributeur de boules Quiès. La bibliothécaire que j'ai rencontrée m'a en effet expliqué qu'il y avait beaucoup de monde dans cette bibliothèque: elle accueille environ 1700 visiteurs par jour! Les usagers peuvent donc se protéger de la rumeur ambiante sans devoir faire un détour par la pharmacie: tout est servi sur place!

Le lieu attire car pour plusieurs raisons sans doute: la bibliothèque se trouve à l'intérieur d'un centre commercial, juste à côté d'un club de gym. Elle est en outre bien agréable:

@ Photo: Cécile Poirot

@ Photo: Cécile Poirot

Une cafétéria rend le lieu encore plus confortable:

@ Photo: Cécile Poirot

Un espace est dédié aux adolescents:

@ Photo: Cécile Poirot

La mise à disposition des best-sellers est assez orginale:


@ Photo: Cécile Poirot

Les best-sellers sont achetés par la bibliothèque à partir de la liste des best-sellers que le journal hebdomadaire Der Spiegel publie toutes les semaines, en littérature de fiction (Bellettristik) et en littérature spécialisée (Sachbücher). La bibliothèque achète près de trois exemplaires des 10 premiers best-sellers de littérature de fiction, et autant d’exemplaires des 5 premiers best-sellers de littérature spécialisée. Les usagers paient deux euros par emprunt et peuvent emprunter les best-sellers deux semaines au lieu de quatre habituellement. Cependant, un exemplaire est placé dans les rayons de la bibliothèque et peut être emprunté gratuitement, afin que les personnes n'en ayant pas les moyens puissent bénéficier de la même offre que les autres lecteurs.

Tout le monde trouve donc apparemment son compte dans cette bibliothèque. Et merci à la bibliothécaire qui m'a si gentiment accueillie!

Cécile Poirot

19 avril 2011

Du contraste entre deux époques

Je suis dans le Département des Fonds patrimoniaux (Abteilung Historische Sammlungen) pour la deuxième partie de mon stage. En parcourant les magasins des documents rares et précieux (Rara) je me suis aperçue que certains ouvrages avaient une gommette rouge. La bibliothécaire qui m’accompagnait m’a signalé qu’il s’agissait des ouvrages qui, à l’époque de la RDA (”zu DDR-Zeiten” en allemand: on entend beaucoup cette expression, encore aujourd’hui, dans l’ancien Berlin Est), provenaient de l’Abteilung für spezielle Forschungsliteratur (section des fonds de recherche spéciaux): c’étaient les documents susceptibles d’être nocifs et qui n’étaient pas à mettre dans toutes les mains. Il s’agissait par exemple d’ouvrages “osés” (on en rirait aujourd’hui), ou bien des documents publiés sous le IIIe Reich et qui auraient pu influencer le lecteur. Les usagers de la bibliothèque devaient donc demander une autorisation spéciale pour ce genre de documents.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus aux “DDR-Zeiten”, les temps ont changé. En 2004, le département du patrimoine a repris le fonds Hirschfeld-Haeberle consacré à la sexologie, qui s'appelait à l'époque le Magnus-Hirschfeld-Archiv. Ce fonds a été créé par le Pr. Erwin Haeberle en 1994. Il est constitué de la propre bibliothèque du professeur, que celui-ci continue d'enrichir en donnant de nouveaux documents à la BU Humboldt, ainsi que des ouvrages, des documents originaux, des photographies provenant de chercheurs qui ont contribué au développement de la discipline, tels Magnus Hirschfeld, Iwan Bloch, Max Marcuse...
Ce qui est assez particulier, c’est que le fonds se compose également de la bibliothèque de l’Association nationale de sado-masochisme ( Archiv der Bundesvereinigung für Sadomasochismus - BVSM), où l’on trouve des romans, des documents et des magazines sur le sujet. La bibliothécaire responsable du traitement du fonds m’a avoué qu'elle n'en pouvait plus à la fin de la journé lorsqu'elle devait traiter le fonds de cette association. Il est vrai que le catalogage, on en a assez à la fin… Et les descripteurs doivent être assez difficiles à trouver pour ce genre de littérature.
On doit recevoir toutefois une autorisation spéciale pour consulter ce fonds et, évidemment, être âgé de plus de 18 ans.

Le contraste est assez saisissant, au sein d'une une même bibliothèque, à des époques finalement peu éloignées l’une de l’autre, sur la façon dont on appréhende des fonds.

Cécile Poirot

13 avril 2011

Europeana Erster Weltkrieg : une collection d'un autre type




Le projet Europeana Erster Weltkrieg (Europeana Première Guerre mondiale) est né d'un constat simple, des millions de personnes ont été touchées par la Première guerre mondiale, durant les quatre années que durèrent le conflit, d'innombrables lettres, photos, documents ont été produits. Pour la plupart, ils se trouvent dans les greniers et les armoires des descendants de ceux qui vécurent ces événements.
À quelques années du centenaire du conflit, l'opportunité de protéger et d'exploiter ces ressources est née dans l'esprit de bibliothécaires de l'université d'Oxford qui lancèrent le projet de The Great War Archive [1] en 2008. Europeana Erster Weltkrieg reprend ce projet à son compte et compte bien l'élargir à l'échelle de toute l'Europe. En Allemagne, le programme est coordonné par la Deutsche Nationalbibliothek (Bibliothèque nationale), en partenariat avec la bibliothèque du Land de Bade-Wurtemberg (dont dépend la Bibliothek für Zeitgeschichte: Bibliothèque d'histoire contemporaine de l'Allemagne), les Staatsbibliothek de Berlin et de Munich. L'ambition de ce programme est de faire naître une collection de documents numérisés qui serait non pas l'émanation de fonds détenus par des bibliothèques mais par des particuliers.


Handschriftenabteilung, Staatsbibliothek zu Berlin
@ Photographie Jérôme Schweitzer


Handschriftenabteilung, Staatsbibliothek zu Berlin
@ Photographie Jérôme Schweitzer

Il ne s'agit donc pas de rassembler les objets eux-mêmes mais bien leurs versions numériques. En Allemagne, le programme est lancé depuis le début de ce mois d'avril, il se constitue d'un portail Web sur lequel n'importe qui peut déposer une photo de son document, à cela s'ajoute des journées d'action dans les bibliothèques qui visent à la fois à toucher des publics moins au fait des techniques de numérisation. Ces journées [2] offrent aussi l'opportunité de profiter d'une certaine couverture médiatique permettant au programme d'être connu du plus grand nombre. La journée d'action berlinoise s'est déroulée le 2 avril dernier. Plus de soixante personnes ont ainsi répondu à l'appel en apportant photos, Feldkarten (cartes du front) et autres souvenirs de leurs aïeuls qui ont combattu sur les fronts russes, yougoslave ou français.

Autre aspect intéressant du projet, il offre une grande proximité entre le public et les bibliothécaires, dans la mesure où chaque objet a une histoire. L'événement relaté si loin dans le temps semble alors recéler une proximité jusque-là insoupçonnée. Bien sûr, le rôle des bibliothécaires ne se limite pas à leur seule capacité d'écoute, ils ont aussi pour mission le contrôle des documents qui doivent correspondre à la bonne période. Il leur incombe également de veiller au respect des droits éventuels, ainsi chaque déposant signe un document dans lequel il s'engage à bien posséder les droits de diffusion des documents qui sont mis en ligne au bout de deux à trois semaines. Au Royaume-Uni, The Great War Archive avait permis de constituer un corpus de plus de 6500 documents en quelques mois. Bien sûr, il ne s'agit que d'un petit échantillon de l'énorme production documentaire de l'époque, néanmoins sa mise en relation avec des projets de numérisation de fonds de bibliothèques comme le projet Europeana 1914-1918 [3] qui vise à terme la mise en ligne de plus de 500 000 documents, pourrait offrir des développements intéressants pour la recherche scientifique et la connaissance de l'événement et surtout de sa perception par ceux qui en furent les premiers acteurs.

Europeana Erster Weltkrieg
devrait à terme être étendu à plus de dix pays européens dont la France contribuant ainsi à la découverte et à la préservation d'une collection sans équivalent. La mise en relation de lettres provenant des deux camps français et allemand et des États neutres permettra certainement encore d'enrichir la valeur des conclusions qui ne manqueront pas d'être tirées.


Jérôme Schweitzer

Pour en savoir plus :


Le site officiel du projet : http://www.europeana1914-1918.eu/en


Un article (en français) de la Gazette de Berlin du 4 avril 2011 : http://www.lagazettedeberlin.de/6534.html


Galerie de photos de la journée d'action qui s'est déroulée à Stuttgart le 12 avril 2011: http://www.flickr.com/photos/europeana_wm/with/5615747073/


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[1] www.oucs.ox.ac.uk/ww1lit/gwa/


[2] Quatre journées d'action ont eu lieu : Deutsche Nationalbibliothek, Francfort/M. (DNB), 31 mars 2011. Staatsbibliothek zu Berlin, 2 avril 2011. Bayerische Staatsbibliothek, Munich, 6 avril 2011. Württembergische Landesbibliothek, Stuttgart, 12 avril 2011.


[3]

http://www.numes.fr:8080/numes/projet.html;jsessionid=15B34A5B0D40F380E0B49A24CCFE0015?id=170198

10 avril 2011

Spuren (traces)

À Berlin, de nombreux monuments rappelant l'Histoire de l'Allemagne ne passent pas inaperçus dans le paysage et sont, bien sûr, sont assez bouleversants, comme l'Holocaust-Denkmal (« mémorial aux juifs assassinés d'Europe »), créé par Peter Eisenman:


©Photo: Cécile Poirot

Ou bien le Jüdisches Museum (Musée juif), conçu par Daniel Libeskind, avec sa salle vide, glaciale, qui symbolise la disparition d'une part de la culture juive sous le régime nazi:

©Photo: Cécile Poirot


Concernant un autre thème de l'Histoire allemande, les restes du Mur de Berlin, sur la Potsdamer Platz, sont en contraste saisissant avec les nouveaux bâtiments des banques et entreprises qui sont rythment maintenant la place:

©Photo: Cécile Poirot


L'ancien emplacement du Mur est, au Check Point Charlie, bien reconnaissable:



©Photo: Cécile Poirot



©Photo: Cécile Poirot


On peut même voir des personnes portant des uniformes américains de l'époque proposer aux touristes de se faire photographier... Le top de la classe: les étalages de ventes de masques à gaz, de vestes et képis de soldats soviétiques et américains de l'époque. J'en veux! Toutefois, à différents endroits, l'ancien emplacement du Mur est simplement évoqué par cette plaque:


©Photo: Cécile Poirot


Et il existe aussi, plus discrètement au détour d'une rue, des traces de cette histoire qui sont tout autant émouvantes et moins médiatisées. Par exemple, cette sculpture que l'on peut voir à côté de la gare de Friedrichstraβe:


©Photo: Cécile Poirot

Les impacts de balles sont également des témoins discrets de la période de la Seconde guerre mondiale:


©Photo: Cécile Poirot


Presque à chaque coin de rue, on peut voir ainsi les traces de l'Histoire allemande, ce qui fait de Berlin une ville si fascinante.

Cécile Poirot




Informationskompetenz (information literacy/maitrise des compétences informationnelles)

Les bibliothèques allemandes sont assez bonnes pour mutualiser de façon efficace et dynamique leurs expériences et leur idées. On peut le voir à travers les initiatives consacrées à la formation des usagers, tout particulièrement avec le portail Web Informationskompetenz: ce portail est le projet commun de différentes associations de bibliothèques des Länder. Il réunit des bibliothèques allemandes, publiques et universitaires, qui peuvent ainsi mutualiser leurs expériences dans la formation des usagers à la maîtrise des outils de l'information et de la communication. En ce qui concerne Berlin, le Netzwerk Informationskompetenz Berlin est le fruit d'une coopération régionale des bibliothèques berlinoises, universitaires et publiques.

Sur le portail Web Informationskompetenz, les établissements informent sur les ateliers et les rencontres concernant la formation aux usagers, publient des newsletters, mettent en libre accès leur supports de formation. Une banque de données (Materialiendatenbank) interrogeable sur ce site permet de trouver des supports de formation en fonction des thèmes de formation, de l’établissement qui a crée ce support, des types de publics...

Les bibliothèques françaises pourraient s'inspirer car il n'existe pas à ma connaissance une telle initiative dans l'Hexagone. Ce serait très enrichissant pour tous les établissements.

Un autre outil de mutualisation est proposé par les bibliothèques universitaires dans le domaine de la formation aux usagers: LOTSE (Library Online Tour and Self Paced Education). C'est un guide à la recherche bibliographique dans le domaine académique qui s'adresse directement au public universitaire dans 18 disciplines et qui réunit 7 bibliothèques d'établissements d'enseignement supérieur, dont celle de l'Université Humboldt. Cette plate-forme, que chaque établissement peut adapter selon le contexte dans lequel il se trouve, propose des cours à la recherche bibliographique, des vidéos, des exercices, ainsi que des renseignements en ligne.

La formation des usagers est de manière générale très bien faite en Allemagne, d‘après ce que j’ai pu observer en pratique à la BU Humboldt: un module d’autoformation, Online-Kurs Informationskomeptenz, est disponible sur le site Web de la BU. Ce cours en ligne propose également aux usagers des exercices afin de s'entraîner. D'autres sites Web de bibliothèques allemandes proposent également des modules d'autoapprentissage intéressants, comme celui de la BU de Constance.


La coopération, en Allemagne, entre les bibliothèques de différents types et de différentes régions, favorise ainsi un certain dynamisme entre les établissements dans le domaine de la formation aux usagers.