3 juillet 2011

Menues réflexions sur la lecture publique en Catalogne

Si l’on devait représenter graphiquement la répartition des compétences entre les différentes administrations catalanes dans le domaine de la lecture publique, on pourrait utiliser une pyramide.

Solide et imposant comme une pyramide
Tout en haut, les communes, qui ont l’obligation de construire et d’entretenir une bibliothèque sur leur territoire, dès qu’elles dépassent 3 000 habitants. C’est donc une première différence fondamentale avec la situation française puisque nous ne disposons pas de cette loi très complète sur laquelle nous appuyer. La loi catalane, qui date de 1993, définit précisément le rôle de chaque administration pour le développement des bibliothèques.
Donc, tout en haut de la pyramide, les communes. Puis viennent les services régionaux des la Deputaciones – il y au total 4 Deputaciones, celle de Barcelona, Lérida, Girona, Tarragona – et les services régionaux de la Généralité de Catalogne. Enfin, tout en bas, l’on trouve les services nationaux de la Généralité. Cette organisation fonctionne sur le mode de la subsidiarité : si un échelon ne peut assumer ses missions, l’échelon suivant se substitue à lui.

 
De l’utilité de la centralisation des achats et du catalogage
Une des forces de ce système de lecture publique réside dans la centralisation des achats et la centralisation et/ou l’externalisation du catalogage. Si les communes achètent des documents, cela ne représente qu’une petite partie des achats. Le restant provient des achats des Deputaciones. Comme en France, la plupart des acquisitions sont réalisées via des marchés publics – concursos –, mais à l’inverse de la grande majorité des marchés publics d’achats de livres des bibliothèques de lecture publique française, les Catalans intègrent la demande de livrer des documents catalogués et équipés…Autrement dit, la grande majorité des fonds achetés par les bibliothèques ou les Deputaciones pour les bibliothèques sont déjà catalogués et équipés lorsqu’ils arrivent dans les bibliothèques. Les bibliothécaires n’ont plus qu’à les placer sur les étagères ou à les présenter en tant que nouveautés.

Ces cris d’orfraies cesseront bien un jour…
J’entends déjà nos amis bibliothécaires pousser de hauts cris. Quoi, plus de catalogage ? Plus de traitement intellectuel interne ? Plus de discussions infinies sur la façon de remplir le 215, sur les listes d’autorité ? OUI, et C’EST TANT MIEUX. Si les bibliothécaires catalans participent à la sélection des documents, ils sont majoritairement déchargés du catalogage. Les conséquences de cette organisation sont faciles à deviner : des horaires d’ouverture qui font mourir de honte un bibliothécaire français. Prenons par exemple la bibliothèque Can Fabra, située dans le quartier San Andreu à Barcelone. Elle ouvre tous les jours jusqu'à 21h, mais aussi le dimanche après-midi, soit 66 heures d’ouverture par semaine…et devinez combien il y a de bibliothécaires pour assurer ce service public : 15, pas un de plus. Mieux, elle propose, comme toutes les bibliothèques de district de Barcelone – je reviendrai, en détail, dans un prochain billet  sur ce réseau particulier – une salle d’étude nocturne toute l’année jusqu’à 1h du matin…je pourrais multiplier les exemples. Je terminerai par une photographie et une citation du directeur de la bibliothèque Agustí Centelles, dans le quartier de l’Eixample de Barcelone, nouvellement ouverte, qui me présentait la salle de travail interne, entendez la salle où s’effectue le catalogage : « Comme tu vois, cette pièce est vide ; c’est normal, n’est-ce pas, on est d’abord là pour le public, non ? »…

Jérôme Triaud

4 juin 2011

De la confiance entre bibliothécaires et usagers

La confiance : voici ce qui caractérise les relations entre les bibliothécaires de Barcelone et leurs usagers.
Hier, je fais une demande sur le site des bibliothèques de Barcelone, d'une carte d'usager, gratuite. Je remplis un formulaire relativement simple, ce qui ne me prend pas plus de 3 minutes. On me demande mes noms et prénoms, mon numéro de carte d'identité, une adresse, une adresse mél. 24h plus tard, je reçois un mél m'avertissant que je peux retirer ma carte d'usager dans la bibliothèque que j'ai précédemment sélectionnée. Je me rends donc à la bibliothèque du Poble Nou où un bibliothécaire me reçoit et en 3 minutes supplémentaires, le temps de lui communiquer un numéro de téléphone, et de lui montrer ma carte d'identité, je suis inscrit. Je n'ai pas eu à justifier mon adresse par une quelconque facture. Ma seule déclaration a suffi. Idem pour mon numéro de téléphone. C'est d'autant plus remarquable que je suis hébergé pour un mois à Barcelone...

Recherchons donc la simplicité de l'inscription pour nos concitoyens en toute confiance, ils nous le rendront. Comme à Barcelone, où plus de 40 % de la population est inscrite au réseau de lecture publique...A méditer...

31 mai 2011

La bibliothèque des "indignats"

            Un Monde de bibliothèques a pris le chemin de la Catalogne depuis quelques jours... Changement de cap, changement d'ambiance et changement de perspective...Oh, j'aurais pu commencer par vous raconter mon premier jour au CEPSE...Patience, j'y reviendrai. Mais pour le moment, je préfère vous dire quelques mots des « indignats », « indignados » en castillan, les indignés qui campent sur la place de Catalogne depuis le 15 mai dernier, comme leurs frères madrilènes occupent la Puerta del Sol de la capitale espagnole.

Une indignation bien organisée

            L'indignation est donc au rendez-vous de l'actualité européenne ! Une indignation qui, somme toute, se construit et s'organise...Car, si le mouvement est plus ou moins spontané, un petit tour de la place de Catalogne – rendez-vous obligatoire des touristes pressés et des supporters de football célébrant les victoires du club local  –, permet de se rendre compte combien ces jeunes indignés sont organisés. A la kyrielle des commissions – démocratie fonctionnelle, juridique, de l'environnement, communication...- qui débattent d'idées pour un monde meilleur – logement gratuit pour tous, démocratie directe, moyens d'arrêter la crise et de sauver la planète – il faut ajouter une logistique sans failles : cabines de WC mises en place comme lors de concerts, messages peints sur des cartons usagés appelant à la contribution des passants – les matériaux, notamment, font défaut comme le bois, le métal mais ce sont aussi les compétences qui manquent : on recherche des plombiers, des menuisiers, quelques maçons...– et enfin les étonnants badges servant à identifier l'équipe dirigeante des « acampados ». Je m’interroge : y a-t-il des professionnels de l’indignation ?

La banderole de la commission éducation

La logistique : penser à tout
 
 
Une bibliothèque du Peuple pas si révolutionnaire !

            Les « indignats » n'ont pas oublié non plus, comme leurs grands frères – pères? – de 1968, d'organiser une bibliothèque du peuple, qui propose une littérature peu diversifiée, il faut le dire, ou plutôt une littérature qui sert une cause, et des exemplaires un peu défraîchis. Ah ! Mais pas de Cd ni de DVD ! Décidément l'image de la bibliothèque évolue peu même chez les révolutionnaires ! Déception...
            Et le fonctionnement de cette bibliothèque est tout sauf révolutionnaire...Déception bis repetita...On peut emprunter des livres pour deux jours, gratuitement, mais il faut laisser son numéro de téléphone, son numéro de carte d'identité, bref une inscription en bonne et due forme...On aurait imaginé une bibliothèque libre où l'on pourrait emprunter en toute confiance...

Bienvenus à la bibliothèque du Peuple ! Lis à la plage ou emporte le livre avec toi pour deux jours* (si tu l'emportes chez toi, laisse tes coordonnées. Merci)
L'écrit libérateur
           
            Dans toute cette manifestation, qui dure maintenant depuis deux semaines, on ne peut qu'être marqué par l'importance des slogans et de l'écrit en général. Slogans politiques, poétiques, revendicatifs, mais slogans qui restent dignes. Là encore, ce sont les héritiers des grévistes de 1968 dont les écrits ont donné lieu à une glose importante. A l'heure des SMS, des Twitts en moins de 140 signes, les « indignats » ont repris la plume, quelquefois pour le meilleur de la lecture. Florilège en images...
Qu'il pleuve ou non, rien ne nous fera bouger
"Si tu veux des résultats différents...Ne fais pas toujours la même chose". Albert Einstein
Que se passe-t-il à Fukushima ?

Google : démocratie en Espagne. Peut-être que cela voulait dire :  Dictature en Espagne


Et après l'indignation ?

            Stéphane Hessel a fait suivre son désormais célèbre Indignez-vous ! d'un non moins célèbre Engagez-vous ! Mais dans le cas de ces jeunes Espagnols, l'engagement a de loin précédé l'indignation : ils sont les héritiers des « Okupas » des années 1990. Et ensuite ? L'indignation momentanée comme ultime moment d'expression d'un désespoir profond ? Les « indignats » débattent ce soir de la suite à donner à leur indignation...A suivre

Jérôme Triaud

4 mai 2011

Autodafé

Sur la Bebelplatz de Berlin, juste à côté de la faculté de droit de l'Université Humboldt, se trouve au sol une vitre transparente que l'on ne remarque pas du premier coup. Si l'on se penche sur cette vitre, ont peut apercevoir des rayonnages vides. Ils commémorent le bûcher des livres « anti-allemands » organisé par les nazis la nuit du 10 mai 1933:

@Photo: Cécile Poirot

Cette installation, encore une trace discrète de l'Histoire allemande, est très parlante dans sa simplicité.

La Bundestagsbibliothek (la bibliothèque du Parlement allemand)

J'ai eu la chance de visiter la Bundestagsbibliothek grâce à un groupe d'élèves-conservateurs allemands (Bibliotheksreferendare) qui effectuent leur stage dans des bibliothèques de Berlin. Les bibliothèques de Berlin ont mis en place un groupe rassemblant les élèves-conservateurs effectuant leur stage dans leurs établissements. Dans ce cadre, les élèves-conservateurs se retrouvent tous les mois pour visiter des établissements et organiser des tables rondes sur différents sujets concernant leur métier (numérisation, droits d'auteur etc.). Ils tiennent un forum sur l'internet qui leur permet d'échanger pour organiser ces rencontres, ou autres.

Dans ce cadre, des élèves-conservateurs effectuant leur stage à la BU Humboldt m'ont proposé de les accompagner.

Fondée en 1949, la Bundestagsbibliothek a déménagé de Bonn à Berlin en 2004 à la suite du Bundestag qui s'est installé à Berlin en 1999.

86 postes sont attribués à la bibliothèque, dont 15 postes de conservateurs. Les conservateurs de la Bundestagsbibliothek ont pour mission d'acquérir, indexer les documents, aider à la recherche bibliographique et choisir les articles à signaler . Chaque conservateur est également responsable de plusieurs thématiques présentes dans la bibliothèque. Ils ne font par contre aucune formation, qui est effectuée par le personnel d'accueil.

Avec aujourd'hui 1,4 millions de volumes, elle est la troisième plus grande bibliothèque de parlement au niveau international. Elle a pour mission entre autres de recevoir les documents officiels de la République fédérale en dépôt légal (Pflichtexemplar). Elle est également la bibliothèque dépositaire des publications d’organisations internationales et supranationales. Les collections de la bibliothèque se composent donc, d'un coté, de documents officiels et de documents issus des activités parlementaires, et de l'autre, de littérature scientifique concernant les thèmes tels la politique, l'administration publique, le droit, l'économie, les sciences sociales, l'histoire contemporaine. C'est la plupart du temps de la littérature de base.

La bibliothèque n'est pas publique: elle est bien sûr ouverte au députés, au personnel scientifique travaillant pour les députés, au personnel administratif du Bundestag, ainsi qu'aux personnes souhaitant effectuer des recherches sur les collections de la bibliothèque, et qui doivent obtenir une autorisation préalable.

Les caractéristiques principales de la bibliothèque sont ses services offerts, qui sont très larges: cela passe par le conseil, les formations, les visites guidées, la recherche bibliographique, l'élaboration de bibliographies spécialisées.

La bibliothèque suit de près les événements qui se déroulent au Bundestag: elle établit par exemple tous les mois une liste de nouveautés des livres et articles importants apparus le mois précédent. Les conservateurs écrivent des articles sur des ouvrages apparus récemment et les diffusent sous forme de listes. Par ailleurs, lors des séances parlementaires, le personnel de bibliothèque propose une présentation de livres sur les thèmes traités pendant ces séances, et établit des bibliographies thématiques lorsqu'une commission d'enquête est mise en place.

L'architecture du bâtiment, construit par l'architecte Stephan Braunfels, est très originale: elle est circulaire. Pour cette raison on l'appelle Die Rotunde (la Rotonde).

@Photo: Cécile Poirot

Il a donc fallu que les meubles soient également de forme ronde, ce qui rend un très joli point de vue au niveau architectural:

@Photo: Cécile Poirot

@Photo: Cécile Poirot

… mais qui doit être assez compliqué à organiser. L'architecte refusait au début d'installer les meubles des fichiers de catalogues, afin de préserver la beauté du bâtiment... Mais ils se marient finalement bien avec la bibliothèque:

@Photo: Cécile Poirot

On a en plus un très joli panorama sur le Bundestag et sur la Spree:

@Photo: Cécile Poirot

Merci beaucoup aux bibliothécaires qui nous ont reçu, et en particulier à Anett Ullrich!

Cécile Poirot et Anett Ullrich

21 avril 2011

Qu'est-ce qu'il ne faut pas inventer...

En visitant une bibliothèque de quartier de l'arrondissement de Berlin Steglitz-Zehlendorf, la Ingeborg-Drewitz-Bibliothek, j'ai pu découvrir quelques inventions des bibliothécaires:

@ Photo: Cécile Poirot

Non, non, ce n'est pas un distributeur de chewing-gums: c'est un distributeur de boules Quiès. La bibliothécaire que j'ai rencontrée m'a en effet expliqué qu'il y avait beaucoup de monde dans cette bibliothèque: elle accueille environ 1700 visiteurs par jour! Les usagers peuvent donc se protéger de la rumeur ambiante sans devoir faire un détour par la pharmacie: tout est servi sur place!

Le lieu attire car pour plusieurs raisons sans doute: la bibliothèque se trouve à l'intérieur d'un centre commercial, juste à côté d'un club de gym. Elle est en outre bien agréable:

@ Photo: Cécile Poirot

@ Photo: Cécile Poirot

Une cafétéria rend le lieu encore plus confortable:

@ Photo: Cécile Poirot

Un espace est dédié aux adolescents:

@ Photo: Cécile Poirot

La mise à disposition des best-sellers est assez orginale:


@ Photo: Cécile Poirot

Les best-sellers sont achetés par la bibliothèque à partir de la liste des best-sellers que le journal hebdomadaire Der Spiegel publie toutes les semaines, en littérature de fiction (Bellettristik) et en littérature spécialisée (Sachbücher). La bibliothèque achète près de trois exemplaires des 10 premiers best-sellers de littérature de fiction, et autant d’exemplaires des 5 premiers best-sellers de littérature spécialisée. Les usagers paient deux euros par emprunt et peuvent emprunter les best-sellers deux semaines au lieu de quatre habituellement. Cependant, un exemplaire est placé dans les rayons de la bibliothèque et peut être emprunté gratuitement, afin que les personnes n'en ayant pas les moyens puissent bénéficier de la même offre que les autres lecteurs.

Tout le monde trouve donc apparemment son compte dans cette bibliothèque. Et merci à la bibliothécaire qui m'a si gentiment accueillie!

Cécile Poirot

19 avril 2011

Du contraste entre deux époques

Je suis dans le Département des Fonds patrimoniaux (Abteilung Historische Sammlungen) pour la deuxième partie de mon stage. En parcourant les magasins des documents rares et précieux (Rara) je me suis aperçue que certains ouvrages avaient une gommette rouge. La bibliothécaire qui m’accompagnait m’a signalé qu’il s’agissait des ouvrages qui, à l’époque de la RDA (”zu DDR-Zeiten” en allemand: on entend beaucoup cette expression, encore aujourd’hui, dans l’ancien Berlin Est), provenaient de l’Abteilung für spezielle Forschungsliteratur (section des fonds de recherche spéciaux): c’étaient les documents susceptibles d’être nocifs et qui n’étaient pas à mettre dans toutes les mains. Il s’agissait par exemple d’ouvrages “osés” (on en rirait aujourd’hui), ou bien des documents publiés sous le IIIe Reich et qui auraient pu influencer le lecteur. Les usagers de la bibliothèque devaient donc demander une autorisation spéciale pour ce genre de documents.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus aux “DDR-Zeiten”, les temps ont changé. En 2004, le département du patrimoine a repris le fonds Hirschfeld-Haeberle consacré à la sexologie, qui s'appelait à l'époque le Magnus-Hirschfeld-Archiv. Ce fonds a été créé par le Pr. Erwin Haeberle en 1994. Il est constitué de la propre bibliothèque du professeur, que celui-ci continue d'enrichir en donnant de nouveaux documents à la BU Humboldt, ainsi que des ouvrages, des documents originaux, des photographies provenant de chercheurs qui ont contribué au développement de la discipline, tels Magnus Hirschfeld, Iwan Bloch, Max Marcuse...
Ce qui est assez particulier, c’est que le fonds se compose également de la bibliothèque de l’Association nationale de sado-masochisme ( Archiv der Bundesvereinigung für Sadomasochismus - BVSM), où l’on trouve des romans, des documents et des magazines sur le sujet. La bibliothécaire responsable du traitement du fonds m’a avoué qu'elle n'en pouvait plus à la fin de la journé lorsqu'elle devait traiter le fonds de cette association. Il est vrai que le catalogage, on en a assez à la fin… Et les descripteurs doivent être assez difficiles à trouver pour ce genre de littérature.
On doit recevoir toutefois une autorisation spéciale pour consulter ce fonds et, évidemment, être âgé de plus de 18 ans.

Le contraste est assez saisissant, au sein d'une une même bibliothèque, à des époques finalement peu éloignées l’une de l’autre, sur la façon dont on appréhende des fonds.

Cécile Poirot

13 avril 2011

Europeana Erster Weltkrieg : une collection d'un autre type




Le projet Europeana Erster Weltkrieg (Europeana Première Guerre mondiale) est né d'un constat simple, des millions de personnes ont été touchées par la Première guerre mondiale, durant les quatre années que durèrent le conflit, d'innombrables lettres, photos, documents ont été produits. Pour la plupart, ils se trouvent dans les greniers et les armoires des descendants de ceux qui vécurent ces événements.
À quelques années du centenaire du conflit, l'opportunité de protéger et d'exploiter ces ressources est née dans l'esprit de bibliothécaires de l'université d'Oxford qui lancèrent le projet de The Great War Archive [1] en 2008. Europeana Erster Weltkrieg reprend ce projet à son compte et compte bien l'élargir à l'échelle de toute l'Europe. En Allemagne, le programme est coordonné par la Deutsche Nationalbibliothek (Bibliothèque nationale), en partenariat avec la bibliothèque du Land de Bade-Wurtemberg (dont dépend la Bibliothek für Zeitgeschichte: Bibliothèque d'histoire contemporaine de l'Allemagne), les Staatsbibliothek de Berlin et de Munich. L'ambition de ce programme est de faire naître une collection de documents numérisés qui serait non pas l'émanation de fonds détenus par des bibliothèques mais par des particuliers.


Handschriftenabteilung, Staatsbibliothek zu Berlin
@ Photographie Jérôme Schweitzer


Handschriftenabteilung, Staatsbibliothek zu Berlin
@ Photographie Jérôme Schweitzer

Il ne s'agit donc pas de rassembler les objets eux-mêmes mais bien leurs versions numériques. En Allemagne, le programme est lancé depuis le début de ce mois d'avril, il se constitue d'un portail Web sur lequel n'importe qui peut déposer une photo de son document, à cela s'ajoute des journées d'action dans les bibliothèques qui visent à la fois à toucher des publics moins au fait des techniques de numérisation. Ces journées [2] offrent aussi l'opportunité de profiter d'une certaine couverture médiatique permettant au programme d'être connu du plus grand nombre. La journée d'action berlinoise s'est déroulée le 2 avril dernier. Plus de soixante personnes ont ainsi répondu à l'appel en apportant photos, Feldkarten (cartes du front) et autres souvenirs de leurs aïeuls qui ont combattu sur les fronts russes, yougoslave ou français.

Autre aspect intéressant du projet, il offre une grande proximité entre le public et les bibliothécaires, dans la mesure où chaque objet a une histoire. L'événement relaté si loin dans le temps semble alors recéler une proximité jusque-là insoupçonnée. Bien sûr, le rôle des bibliothécaires ne se limite pas à leur seule capacité d'écoute, ils ont aussi pour mission le contrôle des documents qui doivent correspondre à la bonne période. Il leur incombe également de veiller au respect des droits éventuels, ainsi chaque déposant signe un document dans lequel il s'engage à bien posséder les droits de diffusion des documents qui sont mis en ligne au bout de deux à trois semaines. Au Royaume-Uni, The Great War Archive avait permis de constituer un corpus de plus de 6500 documents en quelques mois. Bien sûr, il ne s'agit que d'un petit échantillon de l'énorme production documentaire de l'époque, néanmoins sa mise en relation avec des projets de numérisation de fonds de bibliothèques comme le projet Europeana 1914-1918 [3] qui vise à terme la mise en ligne de plus de 500 000 documents, pourrait offrir des développements intéressants pour la recherche scientifique et la connaissance de l'événement et surtout de sa perception par ceux qui en furent les premiers acteurs.

Europeana Erster Weltkrieg
devrait à terme être étendu à plus de dix pays européens dont la France contribuant ainsi à la découverte et à la préservation d'une collection sans équivalent. La mise en relation de lettres provenant des deux camps français et allemand et des États neutres permettra certainement encore d'enrichir la valeur des conclusions qui ne manqueront pas d'être tirées.


Jérôme Schweitzer

Pour en savoir plus :


Le site officiel du projet : http://www.europeana1914-1918.eu/en


Un article (en français) de la Gazette de Berlin du 4 avril 2011 : http://www.lagazettedeberlin.de/6534.html


Galerie de photos de la journée d'action qui s'est déroulée à Stuttgart le 12 avril 2011: http://www.flickr.com/photos/europeana_wm/with/5615747073/


******************************


[1] www.oucs.ox.ac.uk/ww1lit/gwa/


[2] Quatre journées d'action ont eu lieu : Deutsche Nationalbibliothek, Francfort/M. (DNB), 31 mars 2011. Staatsbibliothek zu Berlin, 2 avril 2011. Bayerische Staatsbibliothek, Munich, 6 avril 2011. Württembergische Landesbibliothek, Stuttgart, 12 avril 2011.


[3]

http://www.numes.fr:8080/numes/projet.html;jsessionid=15B34A5B0D40F380E0B49A24CCFE0015?id=170198

10 avril 2011

Spuren (traces)

À Berlin, de nombreux monuments rappelant l'Histoire de l'Allemagne ne passent pas inaperçus dans le paysage et sont, bien sûr, sont assez bouleversants, comme l'Holocaust-Denkmal (« mémorial aux juifs assassinés d'Europe »), créé par Peter Eisenman:


©Photo: Cécile Poirot

Ou bien le Jüdisches Museum (Musée juif), conçu par Daniel Libeskind, avec sa salle vide, glaciale, qui symbolise la disparition d'une part de la culture juive sous le régime nazi:

©Photo: Cécile Poirot


Concernant un autre thème de l'Histoire allemande, les restes du Mur de Berlin, sur la Potsdamer Platz, sont en contraste saisissant avec les nouveaux bâtiments des banques et entreprises qui sont rythment maintenant la place:

©Photo: Cécile Poirot


L'ancien emplacement du Mur est, au Check Point Charlie, bien reconnaissable:



©Photo: Cécile Poirot



©Photo: Cécile Poirot


On peut même voir des personnes portant des uniformes américains de l'époque proposer aux touristes de se faire photographier... Le top de la classe: les étalages de ventes de masques à gaz, de vestes et képis de soldats soviétiques et américains de l'époque. J'en veux! Toutefois, à différents endroits, l'ancien emplacement du Mur est simplement évoqué par cette plaque:


©Photo: Cécile Poirot


Et il existe aussi, plus discrètement au détour d'une rue, des traces de cette histoire qui sont tout autant émouvantes et moins médiatisées. Par exemple, cette sculpture que l'on peut voir à côté de la gare de Friedrichstraβe:


©Photo: Cécile Poirot

Les impacts de balles sont également des témoins discrets de la période de la Seconde guerre mondiale:


©Photo: Cécile Poirot


Presque à chaque coin de rue, on peut voir ainsi les traces de l'Histoire allemande, ce qui fait de Berlin une ville si fascinante.

Cécile Poirot




Informationskompetenz (information literacy/maitrise des compétences informationnelles)

Les bibliothèques allemandes sont assez bonnes pour mutualiser de façon efficace et dynamique leurs expériences et leur idées. On peut le voir à travers les initiatives consacrées à la formation des usagers, tout particulièrement avec le portail Web Informationskompetenz: ce portail est le projet commun de différentes associations de bibliothèques des Länder. Il réunit des bibliothèques allemandes, publiques et universitaires, qui peuvent ainsi mutualiser leurs expériences dans la formation des usagers à la maîtrise des outils de l'information et de la communication. En ce qui concerne Berlin, le Netzwerk Informationskompetenz Berlin est le fruit d'une coopération régionale des bibliothèques berlinoises, universitaires et publiques.

Sur le portail Web Informationskompetenz, les établissements informent sur les ateliers et les rencontres concernant la formation aux usagers, publient des newsletters, mettent en libre accès leur supports de formation. Une banque de données (Materialiendatenbank) interrogeable sur ce site permet de trouver des supports de formation en fonction des thèmes de formation, de l’établissement qui a crée ce support, des types de publics...

Les bibliothèques françaises pourraient s'inspirer car il n'existe pas à ma connaissance une telle initiative dans l'Hexagone. Ce serait très enrichissant pour tous les établissements.

Un autre outil de mutualisation est proposé par les bibliothèques universitaires dans le domaine de la formation aux usagers: LOTSE (Library Online Tour and Self Paced Education). C'est un guide à la recherche bibliographique dans le domaine académique qui s'adresse directement au public universitaire dans 18 disciplines et qui réunit 7 bibliothèques d'établissements d'enseignement supérieur, dont celle de l'Université Humboldt. Cette plate-forme, que chaque établissement peut adapter selon le contexte dans lequel il se trouve, propose des cours à la recherche bibliographique, des vidéos, des exercices, ainsi que des renseignements en ligne.

La formation des usagers est de manière générale très bien faite en Allemagne, d‘après ce que j’ai pu observer en pratique à la BU Humboldt: un module d’autoformation, Online-Kurs Informationskomeptenz, est disponible sur le site Web de la BU. Ce cours en ligne propose également aux usagers des exercices afin de s'entraîner. D'autres sites Web de bibliothèques allemandes proposent également des modules d'autoapprentissage intéressants, comme celui de la BU de Constance.


La coopération, en Allemagne, entre les bibliothèques de différents types et de différentes régions, favorise ainsi un certain dynamisme entre les établissements dans le domaine de la formation aux usagers.

25 mars 2011

J'ai rendu visite à Igel et Hase

Lors de ma visite à la bibliothèque annexe de Naturwissenschaften de la BU Humboldt (cf. mon article précédent), j'ai pu rendre visite à Igel et Hase, qui sont... des robots.

Zweigbibliothek Naturwissenschaften, UB Humboldt

On se croirait dans La Guerre des étoiles... Cette atmosphère de science fiction est renforcée par le fait que la bibliothèque de annexe de Naturwissenschaften est impressionnante avec son grand hall d'ancienne usine aéronautique, mais également par son environnement. On peut par exemple le découvrir dans les environs proches de la bibliothèque, qui se trouve sur le Campus Adlershof, un quartier excentré de Berlin:

Campus Adlershof, Humboldt-Universität zu Berlin
Campus Adlershof, Humboldt-Universität zu Berlin

Mais revenons à nos moutons. Euh, robots. Igel signifie en allemand "hérisson", et Hase "lièvre". Ils ont été baptisés ainsi en référence à un conte, Le hérisson et le lièvre. Ces deux animaux font le pari de savoir qui gagnera la course. Je vous réserve la surprise de la fin: les frères Grimm ont repris ce conte, à vous de chercher! Les Allemands ont le sens de l'humour en bibliothèque.

Mais leur nom ne leur porte malheureusement pas chance: ils sont souvent en panne. C'était le cas lorsque je leur ai rendu visite...

Ces robots servent à transporter des livres d'un endroit à l'autre: ils viennent chercher des caisse de livres qui ont été préparés par le personnel et les amènent à l'endroit souhaité. Ils savent où transporter la caisse de livres grâce aux code-barres apposés sur celles-ci. La bibliothèque est pourvue de détecteurs apposés sur les murs que le robot lit et qui lui permettent de se guider dans la bibliothèque. Comme le bâtiment est immense, cela doit permettre au personnel de parcourir de trop grandes distances, les bureaux étant aux étages supérieurs. Les robots peuvent même ouvrir les ascenseurs pour accéder à ces étages.

Au moins ça a le mérite d'attirer du monde: lors de la Lange Nacht der Wissenchaften (Equivalent de la Fête des Sciences) et de la Nacht der Bibliotheken, (en Allemagne on a également une Nuit des Bibliothèques, comme la Nuit des Musées en France), Igel et Hase sont les mascottes de la bibliothèque, en particulier auprès des enfants.

Bienvenue dans les bibliothèques du futur... Mais, d'après l'expérience à la bibliothèque annexe de Naturwissenchaften, il faudra prévoir des caisses d'assurance maladie dignes de ce nom pour nos nouveaux collègues.

Cécile Poirot

24 mars 2011

Les bibliothèques annexes de la BU Humboldt

J'ai visité des bibliothèques annexes (Zweigbibliotheken) du réseau de la BU Humboldt, qui sont au nombre de 10 au total. La BU Humboldt a ce que les Allemands appellent un einschichtiges System (qu'on pourrait traduire par « Système à un niveau »), en opposition à zweischichtiges System (« Système à deux niveaux »). Les systèmes à un niveau correspondent en France aux système de nos BU: il est constitué d'une bibliothèque centrale (Zentralbibliothek) -Dans le cas de l'Université Humboldt, c'est le Grimm-Zentrum-, ainsi que de bibliothèques annexes. Les moyens financiers et le personnel sont mis unifiés pour l'ensemble du réseau ainsi que les moyens techniques (catalogue...). Le système à deux niveaux correspondrait plus, en France, à un système composé d'une bibliothèque centrale et de bibliothèques d'instituts, autonomes au point de vue financier, du personnel et au point de vue technique. C'est surtout le système à un niveau qui prédomine en Allemagne.

Les bibliothèques annexes que j’ai visitées ont été rénovées relativement récemment, en particulier après la chute du mur et la réunification des deux Allemagne. Des crédits importants ont été consacrés à ces rénovations, afin de remettre ces bibliothèques à niveau. Cela donne de beaux résultats du point de vue architectural. C'est en particulier le choix des couleurs pour chaque bibliothèque qui m'a marquée, et qui fait que chaque bibliothèque a une atmosphère propre.

La bibliothèque de Germanistik (lettres et langue allemande, lettres et langues scandinaves, littérature comparée), par exemple, est à dominante orange et blanc:


Zweigbibliothek Germanistik, UB Humboldt

Zweigbibliothek Germanistik, UB Humboldt

Les murs sont rythmés par des œuvres sur verre créées par un professeur de l’Université Humboldt. Le bâtiment de Germanistik, dans lequel se trouve la bibliothèque a pour Leitmotiv des mêmes couleurs et ces mêmes verres colorés, ce qui donne une harmonie à l'ensemble :

Zweigbibliothek Germanistik, UB Humboldt

Zweigbibliothek Germanistik, UB Humboldt

Deux bibliothèques annexes que j'ai visitées sont dans d'anciennes usines: Campus-Nord et Naturwissenschaften, qui se trouve sur le Campus de Adlershof, un quartier excentré de Berlin.

La bibliothèque annexe Campus-Nord rassemble des fonds assez hétérogènes de disciplines qui sont rassemblées sous le nom Lebenswissenchaften (« Sciences de la vie »): agronomie, lettres et langues anglophones, biologie, sport. Cette bibliothèque se trouve dans une ancienne fabrique :


Zweigbiblitothek Campus Nord, UB Humboldt

Zweigbiblitothek Campus-Nord, UB Humboldt

Elle est très spacieuse, et claire :

Zweigbiblitothek Campus-Nord, UB Humboldt

Les couleurs des meubles des automates de prêt ont été choisies en fonction de la couleur blanche des murs de la bibliothèque. On retrouve la même couleur dans ces meubles:

Zweigbiblitothek Campus-Nord, UB Humboldt


Cette bibliothèque a une salle de pause très agréable :

Zweigbiblitothek Campus-Nord, UB Humboldt

La bibliothèque Naturwissenschaften (Sciences) rassemble les collections de physique, chimie, psychologie, géographie et informatique. Elle se trouve dans une ancienne usine aéronautique:

Zweigbiblitothek Naturwissenschaften, UB Humboldt

Elle est constituée d'un grand hall principal, qui est une salle de lecture. Ce sont surtout les couleurs rouge, marron et rouge qui dominent. Cette bibliothèque emploie un personnel assez particulier je vous laisse le soin de découvrir dans cet article.

La bibliothèque de théologie a été rénovée est très claire, avec des murs blancs qui tranchent avec des mobiliers de bois:


Zweigbiblitothek Theologie, UB Humboldt

Pour la bibliothèque de théologie, on peut voir des extraits de textes religieux sur les murs:


Zweigbiblitothek Theologie, UB Humboldt

Ou sur les vitres des salles de lecture:

Zweigbiblitothek Theologie, UB Humboldt

On peut voir ici que chaque bibliothèque a son caractère propre, de par les disciplines qui y sont représentées, et qui se reflète dans l'architecture des bâtiments.

Cécile Poirot